Le transhumanisme, homme augmenté ou humanité diminuée ?

L’ambition d’augmenter l’humain

Autrefois relégué à la science-fiction, le transhumanisme s’impose désormais comme un courant de pensée influent. Né dans la seconde moitié du XXe siècle et porté aujourd’hui par des ingénieurs, des philosophes et de grandes entreprises, ce mouvement international et transdisciplinaire vise à améliorer les capacités physiques et mentales de l’être humain grâce aux avancées scientifiques et technologiques, afin de l’affranchir de ses limites biologiques. Depuis les années 1990, les neurosciences, la thérapie génique et l’intelligence artificielle ouvrent des perspectives tangibles pour augmenter le corps et l’esprit. Ces ambitions se concrétisent par des projets qui cherchent à modifier le génome, interfacer le cerveau avec des ordinateurs ou renforcer les cellules au moyen de matériaux nanométriques. Mais que penser de cette quête ? Bien qu’il se présente aujourd’hui sous le nom de « Humanity Plus », le transhumanisme apportera-t-il réellement un progrès pour l’humanité ? Ne risque-t-il pas, au contraire, de nous faire basculer dans une ère déshumanisée ?

I.Genèse et enjeux du transhumanisme

A. Aux sources du transhumanisme

1. L’humanisme et le perfectionnement de la condition humaine
Bien avant l’émergence du transhumanisme contemporain, la pensée humaniste de la Renaissance a profondément renouvelé la manière de concevoir l’homme et sa condition. Jean Pic de la Mirandole apparaît comme une figure majeure de ce tournant intellectuel. Dans son célèbre discours Sur la dignité de l’homme, paru en 1486, il développe en effet l’idée d’une plasticité humaine, entendue comme la capacité propre à l’homme de ne pas être enfermé dans une nature ou une essence immuable, mais de se donner lui-même sa forme. N’ayant ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, l’homme doit « achève[r] [sa] propre forme librement, à la manière d’un peintre ou d’un sculpteur » [1], affirme l’humaniste italien. Cette conception d’un être humain fondamentalement indéterminé, ouvert à la transformation et au dépassement de soi, résonne aujourd’hui avec une étonnante modernité face aux projets contemporains d’augmentation biologique et cognitive de l’être humain.
Cristofano dell Altissimo, Portrait de Jean Pic de la Mirandole, v. 1560, huile sur toile, 77 x 63 cm, Kunstmuseum, Bâle.
Cette affirmation de la capacité de l’homme à se façonner lui-même ne disparaît pas avec la Renaissance. Elle se prolonge et se radicalise au siècle des Lumières où la confiance dans la raison, la science et le progrès devient le moteur d’une philosophie humaniste nouvelle. Là où Pic de la Mirandole insistait sur la liberté de l’homme face à une nature indéterminée, les penseurs des Lumières cherchent désormais à comprendre l’homme de manière scientifique afin d’agir concrètement sur sa condition.

Parmi eux, le médecin-philosophe Julien Offray de La Mettrie (1709-1751) se distingue par l’approche radicalement matérialiste qu’il adopte à l’égard du corps humain. Dans son ouvrage L’Homme-machine paru en 1748, il affirme que l’être humain n’est pas composé d’une âme immatérielle distincte du corps, mais qu’il est entièrement réductible à l’organisation de sa matière vivante. L’homme est ainsi assimilé à un animal perfectionné, régi par les mêmes lois physiques et biologiques que le reste de la nature. Les facultés mentales elles-mêmes – la pensée, la mémoire ou la conscience – ne sont plus conçues comme des réalités spirituelles, mais comme des fonctions du corps, et plus précisément du cerveau.

Une telle conception transforme profondément le regard porté sur le corps humain. Celui-ci cesse d’être un support sacré pour devenir un ensemble de mécanismes susceptibles d’être analysés, réparés et modifiés. En ce sens, le matérialisme de La Mettrie ouvre la voie à une approche technicienne du vivant dans laquelle intervenir sur le corps humain ne pose pas de problème de principe différent de celui que soulèverait la modification de toute autre forme de matière organisée.
Bernhard Siegfried Albinus, Musculorum, Tabula III, gravée par Jan Wandelaar, dans Tabulae sceleti et musculorum corporis humani, Leyde, J. et H. Verbeek, 1747.
Cette vision mécaniste et scientifique de l’homme trouve son prolongement dans l’optimisme progressiste de Nicolas de Condorcet (1743-1794). Dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, publiée de manière posthume en 1795, il défend l’idée que le progrès des connaissances scientifiques et techniques permet non seulement d’améliorer les conditions matérielles de l’existence humaine, mais aussi de transformer durablement la condition humaine elle-même, notamment grâce aux avancées de la médecine qui, selon lui, réduiront considérablement la souffrance, retarderont la vieillesse et prolongeront la vie. Il va même jusqu’à se demander si le perfectionnement de l’espèce humaine ne pourrait pas être indéfini, au point que la mort elle-même ne serait plus qu’un accident exceptionnel : « Serait-il absurde, maintenant, de supposer que ce perfectionnement de l’espèce humaine doit être regardé comme susceptible d’un perfectionnement indéfini, qu’il doit arriver un temps où la mort ne serait plus l’effet, ou d’accidents extraordinaires, ou de la destruction de plus en plus lente des forces vitales, et qu’enfin la durée de l’intervalle moyen entre la naissance et cette destruction n’a elle-même aucun temps assignable ? » [2]
Anonyme, Portrait de Marie‑Jean‑Antoine‑Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, v. 1789-1794, huile sur toile, 72 x 60 cm, Musée de l’Histoire de France, Versailles.
Cette confiance dans la capacité de la raison humaine à vaincre progressivement les limites imposées par la nature s’inscrit dans l’esprit des Lumières, pour lesquelles l’histoire humaine est conçue comme un mouvement continu de progrès. Si Condorcet ne pouvait évidemment pas anticiper les technologies contemporaines, son idée d’un perfectionnement indéfini de l’homme constitue néanmoins l’un des fondements philosophiques sur lesquels le transhumanisme s’appuie aujourd’hui.
2. La naissance du transhumanisme au XXe siècle
Si l’idée d’un perfectionnement illimité de l’homme traverse l’histoire de la pensée humaniste, elle ne devient réellement pensable comme possibilité concrète qu’au milieu du XXe siècle, lorsque les avancées scientifiques et techniques rendent envisageable une intervention consciente sur l’évolution humaine. Le biologiste anglais Julian Huxley (1887-1975) emploie alors le terme de « transhumanisme » pour désigner la possibilité, pour l’espèce humaine, de s’accomplir et de se dépasser grâce aux progrès de la science.

Frère d’Aldous Huxley, célèbre auteur du roman dystopique Le Meilleur des mondes (1932) [3], Julian Huxley introduit explicitement ce terme en 1957 dans l’essai « Transhumanism », publié dans le recueil New Bottles for New Wine. Il y affirme que l’espèce humaine peut « se transcender elle-même » [4], non plus seulement à titre individuel, mais collectivement et consciemment, en utilisant la science, notamment la génétique, pour prolonger le processus de l’évolution.

La même année, il réédite son ouvrage Religion sans révélation, publié initialement en 1927, et remplace le terme « eugénisme » [5], entaché par les horreurs nazies, par le nouveau mot « transhumanisme ». Julian Huxley y esquisse une religion humaniste, indépendante de toute divinité extérieure qu’il considère comme une construction de l’imaginaire humain. Seul demeure, selon lui, le caractère «  divin  » de l’homme, incarné par son esprit et sa capacité à se perfectionner. La science devient le pilier de cette spiritualité laïque, offrant à l’homme un équivalent du salut proposé par les traditions religieuses.
Julian Huxley, Religion without Revelation, édition originale américaine, Harper & Brothers, New York, 1957.
Toutefois, le transhumanisme de Julian Huxley demeure profondément ancré dans le cadre intellectuel de l’évolutionnisme biologique. Il s’agit pour lui de prolonger consciemment le processus naturel de l’évolution par l’action scientifique, dans une perspective encore largement héritière des débats eugénistes et humanistes de l’entre-deux-guerres. Si la science y occupe une place centrale, la dimension technique reste secondaire : l’accent est mis sur la direction que l’humanité pourrait donner à sa propre évolution plutôt que sur les dispositifs concrets permettant de la transformer.

Ce n’est qu’à partir des années 1950 et surtout 1960 que les conditions d’une mutation plus radicale se mettent en place. La découverte de la structure de l’ADN, l’essor de la génétique moléculaire, le développement de la cybernétique et des premiers ordinateurs capables de simuler certaines fonctions cognitives, ainsi que les progrès des neurosciences, rendent progressivement envisageable une intervention directe sur les mécanismes biologiques et mentaux. L’amélioration humaine cesse alors d’être une spéculation philosophique pour devenir un programme technoscientifique. Dans le contexte nord-américain marqué par l’essor de l’informatique, la culture technophile et la confiance dans l’innovation, cette transformation prépare l’émergence d’un transhumanisme d’un type nouveau : non plus seulement évolutionniste, mais résolument technologique, organisé et prospectif.

B. Le transhumanisme contemporain

1. Acteurs et structuration du transhumanisme contemporain
À partir de la fin des années 1980, le transhumanisme change d’échelle. Ce qui n’était chez Julian Huxley qu’une intuition visionnaire devient un mouvement structuré, doté de réseaux, de manifestes et d’organisations dédiées. Autour de figures comme Max More, Nick Bostrom ou Ray Kurzweil, les idées d’augmentation humaine se systématisent et s’articulent à des programmes de recherche.

Une présentation détaillée des principaux promoteurs du transhumanisme et de leurs apports respectifs est proposée dans l’annexe ci-dessous.
Les principaux acteurs du transhumanisme.
2. Du courant intellectuel au programme politique
Les travaux menés par les transhumanistes à la fin du XXe siècle ne demeurent pas cantonnés au champ académique. Ils débouchent, au début du XXIe siècle, sur la formulation explicite d’un programme d’action. Le rapport Converging Technologies for Improving Human Performance (« Technologies convergentes pour des performances humaines améliorées »), élaboré en 2002 sous l’égide de la National Science Foundation, en collaboration avec le United States Department of Commerce, en constitue l’une des premières expressions structurées [6].

Ce rapport explore la convergence de quatre domaines technologiques – nanotechnologie, biotechnologie, sciences cognitives et technologies de l’information (NBIC) – et envisage leurs applications potentielles pour accroître les capacités physiques et cognitives de l’homme, améliorer la santé, réduire les incapacités et renforcer la performance dans des contextes professionnels, industriels ou militaires. Ce document institutionnel ne se limite pas à une revue scientifique. Il propose explicitement que la convergence de ces technologies serve de fondement à des politiques publiques orientées vers l’augmentation humaine, inscrivant ainsi l’amélioration de l’homme au cœur des priorités scientifiques et stratégiques américaines.
Converging Technologies for Improving Human Performance, rapport de la National Science Foundation et du Department of Commerce, 2002, schéma R. E. Horn.
En Europe, l’approche est d’abord plus prudente. Le rapport Converging Technologies – Shaping the Future of European Societies (« Technologies convergentes – Façonner le futur des sociétés européennes »), publié en 2004 [7], explore également la convergence des technologies NBIC, mais il se montre très réservé quant à l’idée d’intervenir directement sur l’être humain pour en augmenter les capacités. L’accent reste mis sur les retombées scientifiques, industrielles et sociales, ainsi que sur l’évaluation éthique des nouvelles technologies.

Cinq ans plus tard, le rapport Human Enhancement (« L’humain augmenté ») (2009) [8], rédigé à la demande du Parlement européen, marque un tournant. Il reconnaît que certaines innovations pourraient effectivement accroître les performances humaines. Si le texte insiste sur la nécessité d’un encadrement réglementaire et éthique, il admet néanmoins que l’Europe doit suivre attentivement ces évolutions pour ne pas accumuler de retard par rapport aux États-Unis. Cette évolution traduit un double souci : préserver les valeurs et la sécurité des citoyens tout en restant compétitif sur le plan scientifique et technologique.

Parallèlement à l’ancrage de ces idées dans les instances institutionnelles, les chercheurs et penseurs favorables au transhumanisme précisent leurs convictions et définissent des valeurs communes. Dès 1998, ils publient la Déclaration transhumaniste qui énonce un ensemble de principes fondamentaux destinés à structurer le mouvement et à en expliciter les orientations éthiques et philosophiques [9].

C. Les principes du transhumanisme

1. La Déclaration transhumaniste
La Déclaration transhumaniste de 1998 a été révisée en 2002, 2009 et 2012. Pour notre analyse, nous nous concentrerons sur la version de 2002, rédigée par Nick Bostrom et Max More, ainsi que sur celle de 2009, officiellement adoptée par le conseil d’administration de Humanity+ en mars 2009 et consultable sur le site de l’association [10]. Ces textes exposent les principes centraux du transhumanisme et en structurent les orientations communes.
Déclaration transhumaniste (version 2002).
Déclaration transhumaniste (version 2009).
La Déclaration transhumaniste repose d’abord sur l’affirmation selon laquelle « l’avenir de l’humanité va être radicalement transformé par la technologie » [11]. Cette confiance dans la puissance transformatrice des techniques constitue le point de convergence des différentes tendances du transhumanisme. Malgré la diversité des approches et des désaccords internes au mouvement, ses partisans partagent en effet l’idée que les progrès scientifiques et technologiques doivent permettre de repousser les limites biologiques de l’être humain, qu’il s’agisse du vieillissement, des capacités cognitives, de la souffrance ou du bien-être.

La Déclaration transhumaniste part du constat que « le potentiel de l’humanité n’est toujours pas réalisé pour l’essentiel » [12] et que les technologies contemporaines offrent précisément les moyens de combler cet inachèvement. Le perfectionnement de la condition humaine devient ainsi une perspective concrète, rendue possible par les avancées techniques. Les auteurs du texte reconnaissent toutefois le caractère profondément ambivalent de cette entreprise : les nouvelles technologies comportent des risques majeurs, puisqu’« il existe des scénarios envisageables qui conduisent à la perte de la plupart, voire de la totalité, de ce que nous tenons pour précieux » [13]. C’est pourquoi la Déclaration insiste sur la nécessité d’anticiper et d’orienter le développement technologique. Elle appelle à une réflexion collective fondée sur l’état actuel des recherches afin de déterminer les directions à privilégier pour que leurs effets soient bénéfiques à la société. Cela suppose la mise en place d’espaces de discussion ouverts et structurés, ainsi que de formes d’organisation sociale capables de traduire ces débats en décisions responsables : « Nous avons besoin de forums où les gens peuvent discuter de manière constructive de ce qui pourrait être fait et d’une organisation sociale où les décisions responsables pourraient être mises en œuvre » [14].

Le texte met ainsi en garde contre un double écueil, présenté comme également préjudiciable : d’une part, un usage incontrôlé des technologies de pointe susceptible de menacer l’humanité elle-même ; d’autre part, une attitude de rejet systématique fondée sur la peur, qui empêcherait de tirer parti de leurs bénéfices potentiels par des interdictions jugées excessives [15]. L’orientation globalement favorable adoptée à l’égard des innovations technologiques repose sur l’idée qu’elles portent en elles des possibilités d’usage positif, à condition d’être accompagnées et encadrées. Cette position rejoint ce que Max More a formulé sous le nom de « principe de proaction » [16], lequel recommande d’évaluer les innovations selon une analyse comparative des risques et des bénéfices, plutôt que de les bloquer systématiquement au nom du principe de précaution, qui freine l’innovation tant que les risques ne sont pas pleinement connus. À cela s’ajoute la conviction que toute tentative d’entraver durablement le développement technologique serait illusoire : « Les transhumanistes croient que, en étant le plus souvent ouverts à l’égard des nouvelles techniques et en les adoptant, nous faciliterions leur utilisation à bon escient au lieu d’essayer de les interdire » [17].
2. Autonomie individuelle et liberté morphologique
La Déclaration transhumaniste adopte une perspective résolument individualiste, d’inspiration libérale, en plaçant au cœur de ses principes le droit de chacun à disposer de lui-même. La liberté d’autodétermination y apparaît comme une valeur centrale, dans une logique proche du principe formulé par John Stuart Mill selon lequel chacun doit être libre de poursuivre son propre bien tant qu’il ne nuit pas à autrui [18]. Le désir de maîtrise personnelle est ainsi reconnu comme légitime à tous les niveaux de l’existence, y compris dans le domaine de la reproduction, dès lors qu’il vise l’épanouissement de l’individu. Les limites biologiques actuelles sont perçues comme autant de contraintes qu’il devient légitime de dépasser. La Déclaration affirme ainsi le droit des individus à utiliser des technologies pour améliorer leur mémoire, leur concentration, leur énergie mentale, prolonger leur espérance de vie, exercer un contrôle sur la reproduction, recourir à la cryogénisation, et plus largement bénéficier de tout moyen de modification ou d’amélioration de l’être humain [19]. Cette revendication prolonge l’idée formulée dès 1993 par Max More sous le nom de « liberté morphologique », entendue comme le droit pour chacun de modifier son propre corps selon ses choix [20].
3. Le dépassement de l’humanisme classique
Enfin, la Déclaration transhumaniste ne limite pas son champ de réflexion à l’être humain. Tout en affirmant s’inscrire dans la continuité de « nombreux principes de l’humanisme moderne » [21], elle étend ses préoccupations à toutes les formes d’intelligence susceptibles d’exister. Elle affirme ainsi la nécessité de promouvoir « le bien-être de tous les êtres sensibles » [22], qu’il s’agisse des êtres humains, des animaux, des intelligences artificielles futures, des formes de vie modifiées ou encore de toute autre intelligence que les avancées scientifiques pourraient faire émerger. Une telle extension de son champ de considération marque un déplacement significatif par rapport à l’humanisme classique et invite à interroger plus précisément ce qui distingue le transhumanisme de la tradition humaniste dont il se réclame.

L’humanisme auquel se réfère le transhumanisme n’est pas l’humanisme chrétien d’Érasme ou de saint François de Sales, mais un humanisme sécularisé, indépendant de l’idée de Dieu et centré sur l’être humain. Cette filiation ne doit toutefois pas masquer la rupture que le transhumanisme opère. Là où l’humanisme classique demeure inscrit dans l’histoire proprement humaine dont l’horizon le plus lointain est celui des premiers hommes préhistoriques, le transhumanisme replace cette histoire dans le cadre beaucoup plus vaste de l’Évolution. Son regard s’étend sur des milliards d’années, depuis l’apparition de la première forme de vie, voire depuis le Big Bang. Dans cette perspective, l’attention ne se concentre plus exclusivement sur l’homme, mais sur le cosmos tout entier et sur la longue chaîne du vivant au sein de laquelle Homo sapiens n’occupe qu’une position transitoire.

Le transhumanisme conçoit ainsi l’homme comme un maillon dans l’immense processus par lequel la matière s’est transformée en vie, puis la vie en esprit, jusqu’à ce que l’esprit, à son tour, décide – nous y sommes – de prolonger cette trajectoire vers une ère qui dépassera l’humain lui-même. Cette perspective éclaire l’anti‑spécisme [23] caractéristique du mouvement transhumaniste : si l’humanité se pense à partir de son insertion dans le vaste cosmos où la Terre n’occupe qu’une place infime, comme l’a montré Copernic, et au sein de la longue chaîne évolutive du vivant décrite par Darwin, elle n’a aucune raison de se considérer supérieure aux autres espèces animales. Elle n’a pas non plus de raison de refuser le respect aux intelligences artificielles qu’elle crée, puisque toutes ces entités s’inscrivent dans la même lignée de l’Évolution.

La Déclaration transhumaniste expose ainsi les ambitions et les principes du mouvement, en plaçant la technologie et le perfectionnement de l’être humain au cœur de ses priorités. Mais jusqu’où ces transformations sont-elles souhaitables  ? Et peut-on vraiment garantir que ce dépassement de notre condition naturelle conduira à un avenir meilleur pour l’humanité  ?

II. Regards critiques sur le projet transhumaniste

Ayant retracé l’histoire et les ambitions du transhumanisme, il reste à se demander quel regard porter sur ce mouvement. La Déclaration transhumaniste elle-même souligne l’importance de cette réflexion : « On devrait mener des recherches méthodiques pour comprendre ces futurs changements, mais aussi leurs conséquences à long terme » [24]. Il n’est pas certain, en effet, que le dépassement de notre condition proposé par les transhumanistes soit de nature à nous garantir un avenir meilleur ou à nous rendre véritablement plus humains. Pour en juger, il convient de s’interroger sur les effets que ce projet pourrait avoir sur deux dimensions fondamentales de l’existence humaine : notre rapport à la nature et les conditions sociales et politiques de notre vie commune.

A. Les limites du rapport transhumaniste à la nature

1. Augmentation technologique et finitude humaine
L’objection la plus fréquemment adressée aux transhumanistes, lorsqu’ils expriment leur volonté d’investir massivement les technologies au cœur même du corps humain, est qu’ils agiraient contre la nature. Accepter des implants cérébraux destinés à démultiplier les capacités de la mémoire, intervenir sur le génome d’un embryon afin de renforcer sa résistance aux maladies, ou encore transférer l’intégralité des fonctions cérébrales vers un ordinateur afin d’en assurer la pérennité, de telles entreprises semblent en effet aller à rebours de l’ordre naturel.
Projet Neuralink d’Elon Musk, un implant cérébral expérimental destiné à connecter le cerveau humain à un ordinateur, dans le cadre de recherches sur l’augmentation des capacités cognitives (Shutterstock).
Illustration du recours à la technique CRISPR-Cas9 pour l’édition génétique d’un embryon à un stade précoce du développement (Getty Images).
Illustration du concept de brain uploading, hypothèse consistant à transférer l’ensemble des fonctions cérébrales vers un ordinateur pour en reproduire le fonctionnement (Shutterstock).
Il est vrai que ce qui caractérise l’homme, c’est sa capacité de transgresser ses limites. Dès les premières formes de la médecine, il a tenté de contrarier les processus naturels qui, laissés à eux-mêmes, conduisaient le corps malade vers la mort. Dans l’Antiquité déjà, les saignées, les breuvages et divers remèdes visaient à enrayer l’action destructrice de la maladie. Aujourd’hui, cette intervention sur le corps s’est considérablement développée et s’inscrit dans des pratiques devenues ordinaires : traitements médicamenteux, pose de prothèses, greffes et interventions chirurgicales font partie intégrante de la médecine contemporaine. Ce que l’on peut redouter, ce n’est donc pas l’intervention technique en elle-même, comme si le corps humain relevait d’une zone sacrée, intouchable par définition. Ce qui est à craindre, en revanche, c’est que l’idéal d’augmentation promu par les NBIC conduise l’homme à regretter de n’être qu’un homme et à oublier que la limite fait partie intégrante de sa nature.

Or, au lieu de désespérer de la condition humaine et de rêver d’une puissance que la nature ne lui a pas donnée, l’homme devrait reconnaître dans sa condition suffisamment de valeur pour s’accepter tel qu’il est. Être sujet à la maladie, aux accidents, aux dépressions ou aux pertes de mémoire, bref être fragile et mortel, cette condition peut malgré tout mériter d’être vécue. Il s’agit certes d’en atténuer les souffrances, mais sans chercher à en repousser systématiquement les limites. Il vaut mieux composer avec la fragilité de son existence que de tenter de la supprimer en se transformant en machine. L’homme doit accepter ses limites physiques et psychiques et se réconcilier avec sa condition. Il doit notamment vivre sa propre fin non comme un accident dépourvu de sens, mais comme une manière de céder la place et de donner priorité aux générations suivantes, offrant ainsi un sens à cette redoutable limite qu’est la mort.
2. La contradiction écologique du transhumanisme
Le projet transhumaniste se heurte également à une contradiction majeure avec la préoccupation écologique. Les technologies qu’il promeut exigent en effet des ressources rares et une consommation énergétique massive, tant pour leur fabrication que pour leur fonctionnement et leur recyclage. Leur généralisation à grande échelle risquerait d’intensifier la surexploitation des milieux naturels, d’accroître la production de déchets électroniques et de contribuer significativement au changement climatique, aggravant une crise environnementale déjà profonde.
Vue aérienne du centre de données Google de Henderson (Nevada) le 24 juillet 2025. Ces installations alimentent l’IA et le cloud, mais leur fonctionnement continu nécessite d’énormes quantités d’électricité et d’eau, illustrant le coût écologique concret des technologies transhumanistes (photo Bizuayehu Tesfaye / Las Vegas Review-Journal).
Au-delà de ses implications écologiques, c’est le type de rapport au monde auquel le transhumanisme est associé qui apparaît ici problématique. En poursuivant sans limite l’intensification de la puissance humaine, il prolonge en effet la logique moderne de maîtrise et de domination de la nature, réduisant le monde à un ensemble de ressources disponibles pour l’exploitation technique. Il reconduit ainsi une vision anthropocentrique et technocentrique qui a largement participé aux déséquilibres écologiques contemporains. Faire face aux crises actuelles suppose au contraire de rompre avec ce paradigme de domination et de repenser notre rapport à la nature : non plus comme un objet à contrôler et à transformer indéfiniment, mais comme un milieu vivant dont les équilibres conditionnent notre propre existence et qu’il nous revient de préserver [25].

L’humanité doit ainsi s’interroger sur l’usage de ses techniques et sur l’orientation qu’elle souhaite donner à son développement. L’enjeu n’est pas seulement environnemental, il est aussi politique et social, car le transhumanisme ne constitue pas uniquement un programme technoscientifique ; en modifiant les capacités humaines et les conditions d’accès à ces modifications, il est susceptible de transformer en profondeur les rapports sociaux et les équilibres politiques.

B. Les impasses sociales et politiques du projet transhumaniste

1. La remise en cause de l’égalité
Si le transhumanisme n’a cessé de nourrir des débats et de susciter des polémiques, c’est aussi parce qu’il touche au cœur même des relations entre les êtres humains et de l’organisation de la société. Ses promesses d’augmentation et de modification des capacités humaines soulèvent en effet des questions fondamentales d’égalité et de justice. Au début des années 2000, le chercheur en sciences politiques Francis Fukuyama a soutenu que la révolution biotechnologique pourrait fragiliser le fondement même des démocraties libérales. Dans La fin de l’homme, il affirme que l’égalité des droits repose sur l’existence d’une nature humaine commune, partagée par tous et source d’une dignité égale. Si les biotechnologies permettent de modifier en profondeur les caractéristiques biologiques et cognitives des individus, cette base commune risque de se fragmenter. L’émergence d’êtres augmentés pourrait alors remettre en question le principe même d’égalité juridique sur lequel reposent les régimes démocratiques [26].

Une perspective voisine, formulée quelques années plus tôt sous un angle prospectif, apparaît chez le chercheur en biologie moléculaire Lee M. Silver dans Remaking Eden. Silver envisage un futur où les technologies génétiques et reproductives seraient largement guidées par les mécanismes du marché. Les familles les plus aisées pourraient recourir à ces techniques pour optimiser les capacités physiques et intellectuelles de leurs enfants, accumulant ainsi des avantages biologiques transmissibles à leurs descendants. Se dessinerait alors une humanité à deux vitesses, divisée entre individus génétiquement « enrichis » et individus demeurés « naturels », séparation susceptible de se traduire par une stratification sociale durable [27]. En décrivant ce scénario, Silver montre comment l’inégalité économique pourrait progressivement se convertir en inégalité biologique, fragilisant, par là même, l’idée d’égalité entre les hommes.
2. La concentration du pouvoir technologique
Au‑delà de la remise en cause de l’égalité, le transhumanisme soulève également des questions cruciales pour le fonctionnement des sociétés et des institutions démocratiques. Les inégalités dans l’accès aux technologies d’amélioration humaine peuvent en effet se traduire par des rapports de pouvoir accentués et des tensions politiques, mettant en lumière les risques d’une concentration des moyens techniques et scientifiques entre les mains de quelques acteurs.

Cette concentration ne se limite pas aux États qui multiplient les investissements massifs dans la recherche et le développement afin de devancer leurs rivaux et de garantir leur sécurité et leur compétitivité nationales. Les grandes entreprises technologique – Google, Apple, Amazon, Meta et Microsoft – détiennent déjà des plateformes, des données et des infrastructures susceptibles de devenir les vecteurs des technologies NBIC. Leur influence privée sur l’orientation et l’usage de ces innovations menace le fonctionnement de la démocratie en réduisant le contrôle des institutions, en concentrant le pouvoir entre quelques technocrates et grandes entreprises, et en limitant la capacité des citoyens à peser sur des décisions qui affectent la société.
Les GAFAM investissent massivement dans des technologies transhumanistes, allant de l’IA à la biotechnologie (Shutterstock).
3. La dépolitisation des problèmes sociaux
Une autre approche, issue des recherches en sciences sociales, permet de mettre en lumière les limites politiques du transhumanisme. Ces travaux montrent que les innovations technologiques ne sont jamais neutres et traduisent toujours une certaine manière de poser les problèmes sociaux. Ils éclairent ainsi la manière dont le transhumanisme déplace les difficultés collectives vers le corps et les capacités individuelles. Face à des phénomènes comme l’obésité ou le diabète de type 2, par exemple, certains auteurs transhumanistes, tels que Ray Kurzweil [28] ou James Hughes [29], envisagent prioritairement des solutions biomédicales ou technologiques comme l’optimisation métabolique, la correction génétique ou des dispositifs d’assistance physiologique. Le problème devient alors celui d’un organisme déficient et non celui d’un environnement social, alimentaire, économique ou urbain qui produit ces pathologies.

Ce déplacement est politiquement significatif. Il suggère que le monde n’a pas à être transformé ; c’est à l’individu de s’y conformer. L’organisation du travail, les inégalités sociales, les logiques industrielles ou consuméristes restent hors champ ; seul l’humain apparaît comme défaillant et perfectible. La question politique – comment structurer autrement nos sociétés ? – est remplacée par une question technique : comment optimiser les capacités individuelles ?

Cette analyse rejoint celle de Michael J. Sandel dans The Case Against Perfection (« La tentation de la perfection »). Selon le philosophe américain, le projet transhumaniste fonctionne comme un puissant mécanisme de dépolitisation, en transformant les problèmes sociaux en défauts individuels à corriger par la maîtrise technologique de l’humain. Ce déplacement fait passer ce qui devrait être un débat collectif sur l’organisation de la société pour une question d’amélioration personnelle. Plutôt que de remettre en cause les modes de vie, les inégalités ou les conditions de travail, on cherche à augmenter les capacités des individus pour qu’ils s’adaptent à l’ordre existant. Cette approche nous détourne d’une pensée critique sur le monde et empêche toute véritable transformation sociale ou politique [30].

Le transhumanisme ne se contente donc pas de proposer des innovations techniques. Il inscrit l’optimisation individuelle comme réponse aux difficultés contemporaines, laissant entendre que le monde est un ordre immuable, soustrait à toute contestation. Dans ce contexte, l’adaptation permanente de l’humain devient une nécessité. C’est précisément cette logique que la philosophe Barbara Stiegler met en lumière lorsqu’elle analyse la montée dans nos sociétés d’un nouvel impératif, celui de l’adaptation.
4. La radicalisation de l’impératif d’adaptation
La dépolitisation à l’œuvre dans le transhumanisme s’inscrit dans une rationalité plus large que l’on peut qualifier de néolibérale. Comme le montre Barbara Stiegler dans « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique, le tournant néolibéral redéfinit le politique autour d’un impératif d’adaptation permanente des individus et des institutions à un environnement complexe et concurrentiel, globalisé par la révolution industrielle et la mondialisation [31]. Stiegler s’appuie notamment sur les travaux de Walter Lippmann qui, au milieu du XXe siècle, a défendu l’idée que, face à la complexité du monde moderne, le problème politique n’est plus de transformer collectivement l’environnement social, mais d’ajuster les individus à ses contraintes.

Le transhumanisme peut être interprété comme une radicalisation de cette logique. Là où le capitalisme industriel cherchait déjà à discipliner et à optimiser les corps – en régulant le temps, les gestes et la productivité –, le projet transhumaniste franchit un seuil supplémentaire en intervenant directement sur le corps et l’esprit pour rendre leurs capacités modulables et optimisables grâce à la technologie et aux innovations scientifiques. Cette optimisation continue des performances physiques et intellectuelles s’inscrit pleinement dans l’objectif néolibéral de maximisation des potentialités productives de la vie elle-même. L’individu n’est plus seulement un travailleur, il devient un capital biologique et cognitif à valoriser. Le corps, le cerveau et l’attention sont conçus comme des gisements de performance et la vulnérabilité, la fatigue, la maladie ou la dépendance apparaissent comme des déficits à corriger pour maintenir la compétitivité.
Le modafinil, une molécule psychostimulante, est commercialisé aux États‑Unis sous le nom Provigil et utilisé pour augmenter la vigilance, l’attention et la performance cognitive (Wikimedia commons).
En appliquant cette logique d’optimisation au corps et à l’esprit, le transhumanisme invisibilise les formes d’exploitation qui structurent le travail et la production dans le capitalisme contemporain. Plutôt que d’interroger l’intensification du travail, la pression à la performance ou la précarisation des existences, il propose d’augmenter les capacités d’adaptation des individus. Face à l’allongement des journées, à la connexion permanente et à l’exigence de disponibilité constante, la réponse devient technologique : améliorer la concentration, réduire le besoin de sommeil, optimiser la résistance au stress. La transformation des conditions de travail cède la place à l’optimisation des travailleurs eux-mêmes.
Matthieu Gafsou, H+, 2015‑2018, photographie.
L’impératif d’adaptation analysé par Stiegler trouve ainsi dans le transhumanisme une extension biologique. Loin de remettre en cause les normes productivistes, il les naturalise et les inscrit dans les corps. L’humain n’est plus seulement gouverné ; il est appelé à se reconfigurer pour endurer des rythmes de travail toujours plus intensifiés et accroître sa performance dans un contexte de compétition exacerbée. L’augmentation apparaît alors moins comme une émancipation que comme le moyen de rendre soutenable l’hyper-travail et d’ajuster toujours plus étroitement les individus aux logiques du capitalisme productiviste.

S’adapter ou se réinventer ?

Le transhumanisme se présente comme l’une des réponses les plus ambitieuses aux limites de la condition humaine. En s’appuyant sur les progrès biomédicaux, il nourrit l’espoir de s’affranchir de la vieillesse et de la mort, tout en cherchant à repousser les limites du corps et de l’esprit par l’hybridation avec la machine. Il prolonge ainsi un vieux rêve humain, celui de dépasser la fragilité de l’existence et les contraintes de la finitude. L’analyse de ses présupposés montre cependant qu’il ne s’agit pas d’un simple projet technoscientifique, mais d’une véritable vision du monde dont les implications anthropologiques, écologiques et politiques sont problématiques.

Le transhumanisme est en effet porteur d’une vision de la société qui n’est pas neutre. En transformant l’être humain en un capital à optimiser, il s’inscrit dans un modèle de société où la croissance, la compétitivité et la productivité sont prioritaires. L’individu est sommé de s’adapter pour survivre dans un système qui n’est jamais remis en cause. Pauvreté, injustices, inégalités et dégradation des conditions de vie restent hors champ. L’accent est mis sur l’augmentation de l’humain plutôt que sur la transformation du monde. Cette logique incarne une véritable démission politique, puisqu’on choisit de modifier l’individu plutôt que d’agir collectivement pour corriger les déséquilibres sociaux et économiques.

Les implications écologiques du transhumanisme sont tout aussi préoccupantes, car l’essor de technologies coûteuses en énergie et en ressources accentue la pression sur la planète. En transformant la nature en simple matériau à exploiter, il perpétue une logique de domination qui ignore les limites de la Terre et les équilibres dont dépend notre survie. Le progrès technoscientifique devient alors un moteur de destruction, détournant l’innovation de la préservation de l’environnement pour servir l’appropriation illimitée du monde et du corps.

Faut‑il alors continuer à façonner l’être humain pour qu’il s’adapte à un monde qui reste centré sur la compétition, la productivité et l’exploitation sans limites de la planète et du vivant  ? Ou bien choisir une autre voie, en réinventant nos sociétés et notre rapport à la nature, de manière à respecter les équilibres écologiques et à construire des relations plus justes et solidaires  ? Tel est sans doute le choix le plus crucial auquel le transhumanisme nous confronte.
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Notes

[1J. Pic de la Mirandole, Sur la dignité de l’homme, in J. Pic de la Mirandole, Œuvres philosophiques, trad. fr. G. Tognon et O. Boulnois, Paris, PUF, coll. « Épiméthée », 1993, p. 7.

[2N. Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, Paris, Flammarion, coll. GF (n° 484), 2025, p. 294.

[3Dans Le Meilleur des mondes, Huxley décrit une société futuriste où le contrôle scientifique et génétique supprime la liberté individuelle et les émotions. Les individus sont conditionnés dès la naissance pour occuper des fonctions déterminées, mettant en évidence les risques éthiques et humains d’un progrès technologique poussé à l’extrême.

[4J. Huxley, New Bottles for New Wine, Londres, Chatto et Windus, 1957, p. 17.

[5Dans la première édition de Religion sans révélation publiée en 1927, Julian Huxley emploie le terme «  eugénisme  » pour désigner l’idée que l’espèce humaine peut être sélectionnée et améliorée par des interventions rationnelles afin de favoriser la santé, l’intelligence et les capacités humaines.

[6M. C. Roco, W. S. Bainbridge, Converging Technologies for Improving Human Performance, Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 2003.

[7Commission européenne, Converging Technologies – Shaping the Future of European Societies,
https://op.europa.eu/en/publication-detail/-/publication/7d942de2-5d57-425d-93df-fd40c682d5b5/language-en

[8Parlement européen, STOA, Human Enhancement,
https://www.europarl.europa.eu/stoa/en/indexsearch?query=Human+Enhancement

[9Vingt-trois chercheurs, sympathisants et activistes transhumanistes ont participé à l’élaboration de cette première Déclaration transhumaniste : Doug Bailey, Anders Sandberg, Gustavo Alves, Max More, Holger Wagner, Natasha Vita-More, Eugen Leitl, Bernie Staring, David Pearce, Bill Fantegrossi, Den Otter, Ralf Fletcher, Kathryn Aegis, Tom Morrow, Alexander Chislenko, Lee Daniel Crocker, Darren Reynolds, Keith Ellis, Thom Quinn, Mikhail Sverdlov, Arjen Kamphuis, Shane Spaulding et Nick Bostrom.

[10Humanity+, The Transhumanist Declaration, https://www.humanityplus.org/the-transhumanist-declaration

[11Déclaration transhumaniste, 2002, article 1.

[12Ibid., 2009, article 2.

[13Ibid., 2009, article 3.

[14Ibid., 2009, article 4.

[15Ibid., 2002, article 5.

[16M. More, « The Proactionary Principle », Extropy Institute Resources, 2004,
https://www.extropy.org/proactionaryprinciple.htm

[17Déclaration transhumaniste, 2002, article 3.

[18Voir J. S. Mill, De la liberté, trad. L. Lenglet, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais » (n° 142), 1990, chap. 1 et 4.

[19Déclaration transhumaniste, 2002, article 8 ; 2009, article 8.

[20Voir M. More, « Technological Self-Transformation. Expanding Personal Extropy », Extropy, #10, vol. 4, n° 2, hiver-printemps 1993, pp. 15-24.

[21Déclaration transhumaniste, 2002, article 7.

[22Ibid., 2009, article 7.

[23Le spécisme désigne une position consistant à accorder une valeur morale ou des droits supérieurs à une espèce – généralement l’espèce humaine – au détriment des autres.

[24Déclaration transhumaniste, 2002, article 2.

[25Voir à ce sujet L. Letendre, Notre rapport au monde est-il essentiellement technique  ?, 2019, https://chevalier.lycee.ac-normandie.fr/spip.php?article799

[26F. Fukuyama, La fin de l’homme. Les conséquences de la révolution biotechnique, trad. D.‑A. Canal, Paris, Gallimard, coll. « Folio actuel » (n° 109), 2017.

[27L. M. Silver, Remaking Eden. Cloning and Beyond in a Brave New World, New York, Avon Books, 1997  ; rééd., Londres, Weidenfeld et Nicolson, 1998.

[28R. Kurzweil, « Human Body Version 2.0 », Kurzweil. Tracking the acceleration of intelligence, février 2003,
https://www.writingsbyraykurzweil.com/human-body-version-2-0

[29J. Hughes, Citizen Cyborg. Why Democratic Societies Must Respond to the Redesigned Human of the Future, Cambridge (USA), Westview Press, 2004.

[30M. J. Sandel, The Case Against Perfection. Ethics in the Age of Genetic Engineering, Cambridge, Harvard University Press, 2007.

[31B. Stiegler, « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique, Paris, Gallimard, NRF Essais, 2019.